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Un nouveau modèle stratégique pour surmonter les moments difficiles

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Nous vivons dans un monde où l’instabilité chronique, les guerres civiles, le choc de la pandémie et la succession ininterrompue de catastrophes climatiques entraînent une imbrication complexe de menaces qui accentue les fragilités. Les pays ont besoin d’aide pour faire face aux crises tout en gardant le cap sur leurs objectifs de développement.  En ces temps difficiles, la Banque mondiale évolue pour mieux venir en aide aux personnes les plus vulnérables du monde.

À l’occasion de cet évènement, sa directrice générale est revenue sur les facteurs qui conduisent la Banque mondiale à se doter d’un nouveau modèle stratégique : des crises dont la fréquence s’intensifie et le coût humain s’alourdit, et qui viennent s’ajouter au changement climatique, à l’insécurité alimentaire et à la montée de la fragilité. Face à cette réalité, a expliqué Anna Bjerde, la Banque mondiale cherche à agir autrement, à évoluer tant sur le plan opérationnel qu’au niveau de son modèle financier pour intervenir rapidement lorsque les pays sont confrontés à une catastrophe naturelle ou à une crise.

De leur côté, les pays en développement s'efforcent aussi de répondre aux crises. Leila Benali, ministre marocaine de la Transition énergétique et du Développement durable, a ainsi évoqué toute l’utilité du programme national d’électrification rurale après le séisme récent qui a frappé son pays. Et parce que les crises induites par le changement climatique sont appelées à durer, le Malawi a entrepris de réformer sa législation sur la gestion des catastrophes afin de renforcer les capacités des institutions locales, a indiqué Sosten Gwengwe, ministre du Commerce et de l’Industrie.

Comme l’ont souligné Catherine Russell (UNICEF), Gwen Hines (Save the Children Royaume-Uni) et Jordan Schwartz (Banque interaméricaine de développement), ONG et organisations internationales s’emploient aussi à faire face aux situations de crise, en s’associant notamment à la Banque mondiale et à d’autres partenaires pour répondre aux besoins des populations vulnérables dans les contextes fragiles.

[Sandrine Rastello] Bonjour à tous et à toutes. Bienvenue à la réunion annuelle 2023 de la Banque mondiale et du FMI, je m'appelle Sandrine Rastello de Marrakech. Nous sommes en direct. Avant de commencer nos travaux, j'aimerais avoir une pensée pour le tremblement de terre qui a frappé le Maroc. Nous sommes solidaires du Maroc et de son peuple. Durant l'heure qui va suivre, nous allons parler de comment se retrouver dans notre monde pétri d'instabilité, la pandémie, les catastrophes climatiques qui ont créé des risques interdépendants et des fragilités. Nous allons voir comment la communauté internationale peut renforcer ses efforts et travailler côte à côte pour créer un monde plus résilient. Partagez vos pensées sur ces sujets en utilisant le mot-dièse WBMeetings. Vous pouvez utiliser le code QR et vous connecter en ligne à WorldBank.org. Nous accueillons donc Anna Bjerde, directrice générale de la Banque mondiale, Leila Benali, Madame la Ministre de la Transition énergétique et du développement durable du Maroc, Sosten Alfred Gwengwe, ministre du Commerce et de l'Industrie malawi, Catherine Russell, directrice générale de l'UNICEF, Gwen Hines, directrice exécutive des programmes mondiaux Save the Children Royaume-Uni et Jordan Schwartz, vice-président exécutif de la Banque interaméricaine de développement. Commençons avec un sujet interne. Nous allons parler de ce nouveau modèle stratégique pour surmonter les moments difficiles. Comment est-ce que la Banque mondiale peut agir dans ce monde pétri d'instabilité ? Que va changer ? [Anna Bjerde] Merci, merci beaucoup. Je suis ravie d'être avec vous. Merci de vous joindre à nous et merci aux autres intervenants. Commençons avec un constat général. Pourquoi une nouvelle stratégie ? Pourquoi parler des réponses, des ripostes à apporter à la crise ? Eh bien, parce que ces dernières années, nous avons constaté les changements du monde, des crises qui se suivent, des chocs à répétition et je pense que nous avons vu trois facteurs qui poussent au changement. Le premier, la fréquence de ces crises qui augmente. Le Maroc, qui, il y a un mois, a vécu un tremblement de terre terrible. La Libye, avec des inondations. Et ces 12 derniers mois, nous avons constaté des tremblements de terre en Turquie et en Syrie et en Afghanistan également, il y a quelques jours. Il y a d'autres catastrophes, des inondations, des cyclones au Malawi. Nous sommes rejoints par le ministre du Malawi ici, le Malawi qui traverse des événements très difficiles. Donc des crises qui se multiplient. L'intensité est très forte également. Nous voyons des impacts très forts, des pertes humaines, mais aussi des coûts faramineux, des dégâts matériels qui frappent durement des pays qui sont vulnérables et faibles sur le plan économique. On rappelle que de nombreux pays sortent tout juste de la COVID. Et puis, cela s'ajoute à de nombreuses vulnérabilités : précarité alimentaire, des crises sous- jacentes dues au changement climatique. Et puis, malheureusement, nous déplorons des conflits de plus en plus nombreux dans le monde. D'ici à 2060, 60 % des pauvres vivront dans des pays fragiles. C'est l'estimation de la Banque mondiale. Donc, nous devons agir. Nous avons mis à jour notre modèle qui compte plusieurs volets. Vous en avez entendu parler, on va en parler davantage ces prochains jours. Nous avons une nouvelle vision : la fin de la pauvreté dans un monde vivable. C'est notre vision pour ces réunions annuelles. C'est le fil d'or qui nous lie. Mais face aux crises, nous devons réfléchir à changer nos méthodes pour être plus rapides, pour être plus agiles. Très rapidement, ce que nous voulons faire, c'est ceci : assurer des ressources disponibles et rapidement déployables. Nous déployons des instruments dont certains sont nouveaux. Nous agissons avec d'autres acteurs qui fournissent des allègements de dettes, un composant important qui a été annoncé récemment. Nous utilisons également davantage d'instruments permettant d'utiliser les ressources le plus rapidement possible. Troisième point, des clients qui peuvent transférer plus rapidement leur argent. Et puis, notre réponse vise également à renforcer la préparation.

[Sandrine Rastello] Merci d'avoir planté le décor. Madame la Ministre Benali, quelques mots de réaction face à ce qui vient d'être dit.

[Leila Benali] Oui, tout cela est arrivé en temps opportun. Nous pensons que le monde vit une crise de la peur, en plus de la crise climatique. Cette crise de la peur crée les problèmes qu'on a décrits. Il faut donc veiller à un flux plus rapide des capitaux. Exemple, le taux d'épargne en Chine. Avant la COVID, les Chinois épargnaient 35 à 40 % de leurs ressources. Après la COVID, ils épargnent plus de 50% de leurs ressources. Donc cela empêche à [inintelligible] de transférer des fonds aux destinations prévues. C'est la première crise. La deuxième crise, et nous le constatons, est une crise de la dignité. Ce qui était insupportable il y a 20 ans est supportable aujourd'hui. Pour lutter contre la pauvreté, et on voit une inflation qui est de plus en plus difficile à traiter, les crises sont de plus en plus endémiques. Ainsi, cette nouvelle vision de la Banque mondiale est impérative et nécessaire. Laissez- moi prendre l'exemple d'un de nos programmes importants, l'électrification, qui a commencé dans les années 90. Nous sommes passés de 80 % à près de 99,5 % d'électrification au Maroc. Et nous avons compris il y a quelques années, sous l'autorité de Sa Majesté le Roi, que nous n'avions pas accès aux derniers kilomètres. Et c'est cela qui empêche l'accès aux formes d'énergie accessibles. Nous devons donc avoir de nouveaux modèles pour parachever ce programme d'électrification. Donc, nous avons réfléchi aux manières de répliquer des projets sur des mini centrales électriques, des batteries, des panneaux solaires. Ça a été très utile après le tremblement de terre parce qu'aujourd'hui, on peut déployer en moins de deux semaines des kits solaires avec des batteries qui permettent de fournir en électricité ces camps. Par la suite, nous pouvons également bâtir des nouveaux bâtiments qui respectent les traditions et le cadre des régions frappées par ce tremblement de terre. Nous allons nous assurer que ces populations et ces enfants aient accès à des formes d'énergie rapide et ce, de façon accessible. Les coûts de ces kits que nous déployons aujourd'hui coûtent 300 $ par personne. Cela permet un accès rapide à ces énergies durables. Un exemple de notre manière de revisiter ces modèles avant même que la Banque mondiale agisse.

[Sandrine Rastello] Et puis cela s'ajoute à d'autres mesures d'atténuation. Vous avez pu agir très rapidement sur l'électricité, par exemple.

[Leila Benali] Oui, c'est une expérience qui remonte à très longtemps. Le Maroc a fait l'expérience de nombreuses crises depuis les années 90 et nous voyons l'accélération des crises, des crises qui prennent de nombreuses formes. Donc, les populations vulnérables, le secteur informel, par exemple, l'économie informelle, est frappée et donc nous développons de nouveaux modèles post-COVID. Nous avons une commission de 35 personnes qui a travaillé sur ces questions. Cette commission a déclaré que les modèles socio-économiques du Maroc sont utiles. Bien sûr, il y a les problèmes de revenus. Il faut atteindre un PIB de 6 %, mais ce ne sont que des chiffres. Notre nouveau modèle de développement nous dit : « présumons comme principe que nous allons vivre des crises. » Nous voyons la guerre se développer ces derniers jours. C'est une nouvelle forme de mentalité qui transforme complètement notre manière d'administrer aux niveaux national et municipal. Cela façonne donc nos ripostes et la manière dont on assure que les populations sont résilientes.

[Sandrine Rastello] Nous venons de parler des cyclones et de nombreux exemples également. Que faites-vous au Malawi pour vous préparer aux crises qui vont suivre ?

[Sosten Gwengwe] Merci. Oui, je pense que fondamentalement, nous devons nous concentrer sur la réalité du terrain et compte tenu de cela, ces crises, et plus particulièrement la crise climatique, vont durer. Et au Malawi, comme vous le savez peut-être, c'est la saison des pluies, mais aujourd'hui, les pluies portent un nom, le cyclone Idai, avec des dévastations, le cyclone Gombe, puis Freddy, puis un autre. Auparavant, ce n'était pas le cas. On n'a pas eu de pluie pendant un certain temps et maintenant, nous sommes frappés par des cyclones successifs. Le problème pour des économies comme la nôtre, c'est le fait que nous n'avons pas de volet budgétaire pour absorber ces chocs. Et donc, tous les chocs qui nous frappent ont des effets considérables sur le plan budgétaire et la lutte contre la pauvreté est un défi colossal. En matière de transfert d'espèces, par exemple, l'idée, c'est de venir en aide aux populations pour accroître leurs moyens de subsistance, mais nous devons maintenant nous pencher sur le modèle de financement, voir s'il est suffisamment réactif, car quelqu'un dont l'habitation a été détruite, même si on transfère des espèces vers ces personnes, ils ne vont pas forcément pouvoir se retourner. Donc, pour des économies comme le Malawi, nous devons rechercher des interventions de riposte face aux chocs et nous préparer au prochain cycle de crise. Lorsque le cyclone Freddy nous a frappés, la banque nous a aidés et d'ailleurs, Anna s'est rendue personnellement dans notre pays. Elle s'est rendue à l'épicentre de cette catastrophe où des villages entiers avaient été dévastés. Plus de 1 000 vies ont été perdues. Nous avons également subi des pertes d'infrastructures à hauteur de 600 millions de dollars. Pour une économie comme le Malawi, c'est considérable. Et pour mettre en place un plan de relance et de reconstruction, nous devons accroître notre résilience. Nous avons revu nos lois, y compris les lois de gestion des catastrophes. Nous avons donc intégré le renforcement institutionnel pour mieux nous préparer. Et également, nous avons réexaminé le rôle des conseils de district pour pouvoir mener une action décentralisée, pour que l'on puisse agir de manière immédiate, rapide et mieux répondre aux besoins de la population locale. Nous sommes donc en passe de décentraliser notre riposte face aux catastrophes. Le défi principal, c'est comment financer les interventions, comment bâtir les bâtiments de manière résiliente, comment se préparer face aux prochaines catastrophes. C'est là que la banque peut intervenir pour nous aider à mener une action rapide, car si l'on retarde le financement, c'est coûteux. Nous avons été confrontés à la crise du choléra il y a quelques mois, et nous en sommes pratiquement sortis à présent. Mais j'ai parlé au ministre de la santé qui m'a expliqué que l'engagement qui avait été pris en la matière n'a pas encore été décaissé. Or, nous sommes déjà pratiquement sortis de cette crise. Je ne sais pas si vous me comprenez, mais la dynamique du financement entraîne des pertes supplémentaires avec des crises qui se succèdent.

[Sandrine Rastello] Nous en reparlerons par la suite. Nous aurons une rubrique Partenariat. Catherine, je suis certaine que ces témoignages évoquent bien quelque chose que vous connaissez à l'UNICEF avec le rapport que vous avez publié la semaine dernière concernant les conséquences des catastrophes climatiques avec 43 millions de déplacements au niveau international dans 44 pays.

[Catherine Russell] Merci beaucoup. Je crois qu'Anna a bien décrit les crises auxquelles les enfants sont confrontés et l'UNICEF examine toutes ces considérations à la lumière des conséquences sur les enfants. Que ce soit le climat, les autres conflits, les urgences de santé publique, la COVID-19 et d'autres, je dirais qu'à l'heure actuelle, les enfants sont dans une situation plus risquée que jamais auparavant. 450 millions d'enfants vivent dans des régions touchées par des conflits, ce qui est catastrophique pour les enfants. Les enfants parfois sont pris pour cibles ou des victimes collatérales et cela perturbe également tous les systèmes dont les enfants ont besoin. D'autre part, un milliard d'enfants vivent dans des zones où ils sont exposés aux risques du changement climatique extrême. Le problème, c'est que dans de nombreux pays, ils sont concernés par tous ces problèmes à la fois. Et en plus, ils sont confrontés à d'autres problèmes liés à l'endettement qui font qu'il est très difficile d'agir. Le problème des agences internationales, c'est comment réagir et répondre de manière efficace ? Le lorsque nous planifions notre riposte humanitaire, nous essayons d'intégrer une composante de durabilité pour que ces pays puissent se développer par eux-mêmes, car nous souhaitons qu'à terme, les pays aient la capacité de faire face à ces défis eux-mêmes. Nous souhaitons donc bâtir ces capacités, mais c'est un défi colossal. Comment procédons-nous ? C'est grâce à des partenariats avec d'autres et la banque joue un rôle incontournable. Les banques régionales de développement également, la société civile, tout le monde doit intervenir, y compris le secteur privé. Nous avons énormément de programmes en place dans le monde, mais je crois qu'en fin de compte, ce qui importe, c'est que c'est d'expliquer au gouvernement que toutes les politiques doivent être examinées à l'aune des conséquences sur les enfants, car les enfants représentent l'avenir de la planète. Et si nous n'en tenons pas compte, cela peut avoir des conséquences dévastatrices pour le pays en question, pour la région et pour le monde entier. L’Unicef essaye donc de participer pour aider les pays à faire face à ces défis, mais en fin de compte, les pays doivent s'approprier ces considérations. Merci.

[Sandrine Rastello] Merci beaucoup, Catherine. Catherine, vous souhaitez bâtir un avenir meilleur pour les enfants, mais concernant l'action d'une ONG, Gwen, comment vous y prenez- vous ?

[Gwen Hines] Je crois que nous devons commencer par ne pas traiter les chocs comme une surprise. Cela fait partie de la nouvelle « normalité » où que ce soit dans le monde, y compris au Maroc, nous devons nous y habituer et nous devons essayer de voir comment nous pouvons progresser en temps de crise. Comme Catherine l'a dit, on ne peut pas dire à un enfant que sa vie va être en suspens pendant deux ans, parce qu'il y a des choses que les adultes doivent régler. C'est injuste. Pour un enfant de 10 ans, deux ans, cela représente un cinquième de sa vie. En matière de nutrition, les 1 000 premiers jours sont primordiaux. En matière d'éducation, c'est un investissement vital. Pour vous donner un exemple, nous pensons que l'on ne doit pas décréter qu'un domaine est problématique. Donc, il est primordial que tout le monde puisse fréquenter l'école. Moi-même, j'ai des enfants et je souhaite qu'ils puissent aller à l'école. Pendant la COVID-19, nous savons que des millions d'enfants ont vu leur processus éducatif perturbé, donc nous devons faire en sorte que les enfants aillent à l'école et apprennent. Nous avons donc ciblé les enfants qui avaient abandonné l'école, notamment les filles qui abandonnent l'école pour se marier ou les enfants qui vont travailler et qui cessent d'aller à l'école. Et pourtant, c'est eux qui ont le plus besoin d'éducation et qui peuvent le plus en bénéficier. Nous avons donc travaillé auprès des enfants des rues pour essayer de les aider à réintégrer le cursus scolaire. Également, nous avons travaillé sur une aide en espèces aux familles pour faire face aux problèmes de la pauvreté ou encore tout ce qui a trait au mariage des enfants, à la protection des enfants et également tout ce qui concerne les ménages dans les communautés. Nous avons travaillé aux côtés des communautés en disant : « Vous souhaitez que les enfants aillent à l'école, nous aussi, alors comment est-ce que nous pouvons mettre en place une approche intégrée ? ». Nous avons travaillé à avec 8 500 enfants et plus de la moitié de ces enfants sont retournés à l'école. C'était un projet pilote. Maintenant, nous devons monter en puissance et le problème est de savoir comment on va pouvoir généraliser ces efforts grâce à une approche intégrée qui part de l'idée que ce n'est pas trop difficile pour nous, que nous pouvons y arriver et nous devons commencer par l'échelon communautaire.

[Sandrine Rastello] Merci beaucoup. Une autre institution multilatérale. Nous avons parlé du climat, mais j'aimerais également aborder les risques sociopolitiques, car il s'agit également de nouveaux risques auxquels nous sommes confrontés. Que fait la Banque interaméricaine de développement sur ce point particulier, avec Haïti, la Colombie ? Pouvez-vous nous expliquer comment vous vous y prenez ?

[Jordan Schwartz] Merci et merci d'avoir invité la Banque interaméricaine de développement. Concernant notre action, nous sommes un partenaire multilatéral, une banque régionale de développement. Nous voyons que nous sommes face à des tensions, à des perturbations et effectivement, comme Gwen l'a dit, les crises font partie intégrante de notre vie et nous pouvons y ajouter également les migrations et les troubles politiques. Ce que nous avons pu voir, c'est que les crises font partie de notre vie, que ce ne sont pas des surprises. Les agences multilatérales, et Anna pourra certainement le confirmer, dépendent davantage de notre présence sur le terrain. Nous devons nous inscrire dans la durée. Nous devons bâtir des relations à long terme. Vous avez fait allusion à la Colombie, vraisemblablement en rapport avec les migrants vénézuéliens qui ont immigré en Amérique latine, mais essentiellement dans les régions frontalières de la Colombie. La Banque interaméricaine de développement a énormément de personnel sur le terrain. Je sais que la Banque mondiale a fait en sorte que les directeurs pour les pays soient sur le terrain de manière constante et la Banque interaméricaine de développement a également déployé des effectifs sur le terrain. L'idée, c'est de bâtir des relations avec la société civile pour mettre en place des ripostes sociales pour permettre la continuité des services essentiels, et que l'on puisse opérer des transferts vers la population locale, et également travailler avec les autorités infranationales grâce à ces relations que nous nous efforçons de bâtir. Je crois qu'un thème que nous pouvons essayer de développer encore ces 30 minutes qui viennent est celui de la réactivité et de la vitesse de notre action et de faire en sorte de répondre au mieux aux crises et également d'avoir une réponse sur la durée.

[Sandrine Rastello] Je vous remercie. Merci beaucoup. Je crois que ce qui ressort de vos interventions, c'est que tout le monde met en place des initiatives, mais nous savons que nous pouvons encore améliorer notre action grâce notamment aux partenariats. Les partenariats ont été abordés à plusieurs reprises dans vos interventions. Vous nous avez dit que la banque pouvait intervenir plus rapidement. Essayons de ne pas nous concentrer uniquement sur la banque, mais sur tous les partenaires. Que peuvent-ils faire pour améliorer leurs actions ?

[Sosten Gwengwe] La Banque mondiale, c'est un petit peu le grand frère, le garant du succès, et la façon dont le Malawi a répondu à ces crises a été de travailler en étroit partenariat avec la banque. Je crois que nous avons eu des manières traditionnelles de financer ces chocs avec notamment le guichet de riposte aux crises et également d'autres mécanismes. Hormis ces guichets riposte aux crises et d'autres, nous devons envisager de nous tourner vers les ressources de l'Association internationale de développement. Et on a donc des situations où certaines de ces facilités, certains de ces guichets, atteignent leurs limites en termes de décaissement, mais les ressources… Il y a des ressources non exploitées, mais nous avons donc un certain soutien dont on a besoin, mais on ne peut pas avancer assez rapidement, car les ressources de l'Association internationale de développement ne sont pas suffisamment réactives. Nous devons nous demander comment nous y prendre. Nous avons un portefeuille, des ressources qui nous sont affectées. On ne peut pas les utiliser alors que nous vivons des crises terribles. Les peuples souffrent et ont besoin d'être soutenus. C'est un premier volet concernant la banque. Je parle de la banque parce qu' il faut aider le Malawi à se relever plus rapidement. Cela a été fait. La banque nous a beaucoup aidés pour l'électricité après la destruction d'un barrage. La banque nous a aidés à rétablir l'électricité, à répondre à des problèmes de précarité alimentaire. La banque a toujours été à nos côtés, mais il nous faut penser aux ressources qui sont encore non exploitées. Parlons maintenant des partenariats en général. Des économies comme la nôtre espèrent libérer davantage de ressources pour les utiliser pour renforcer la résilience, l'atténuation. Et une bonne solution serait la suspension du remboursement de la dette ou voire des annulations. [Pause] Parce que le remboursement de la dette est un engagement vis-à-vis des péchés passés. Ce sont des péchés passés qu'il faut payer, rembourser actuellement. Donc, c'est un passif lourd alors qu'on doit faire face à des difficultés actuelles. Mais aux yeux de la loi, la priorité est le remboursement de la dette. C'est donc un paradoxe. Si la dette pouvait être suspendue ou annulée, nous pourrions bénéficier de davantage de ressources pour aider les peuples sans devoir demander davantage de financement. Donc, il faut en parler, la suspension de la dette ou l'annulation de la dette. Sans quoi nous n'avons pas de volet budgétaire, d'espace budgétaire et cela va se traduire par l'appauvrissement de nos économies, alors qu'on continue de nous demander de rembourser ces fameux péchés passés. Vraiment, il faut parler sérieusement de cette question.

[Sandrine Rastello] Nous parlons d'argent, de financement, et pendant que nous y sommes, il y a une question que nous avons reçue de notre audience qui est dirigée à Madame Benaly, entre autres. Nous parlons de la crise climatique. La voici, la crise climatique, qui est la pire des crises mondiales, ne peut pas être résolue sans l'aide des pays riches. C'est un débat en cours. Est-ce qu'un de nos intervenants souhaiterait intervenir ?

[Leila Benali] Merci. [Pause] Le ministre des Finances du Malawi parlait du service de la dette. Je pense qu'on ne peut pas répondre à cette crise climatique et cette dichotomie entre le monde riche et le monde pauvre sans parler sérieusement du sujet de la dette, parce que cette crise climatique est par nature intergénérationnelle et transfrontalière. On peut continuer de parler de ce sujet ad vitam aeternam, mais si nous ne parlons pas aux manières de dépasser les outils traditionnels de financement, par exemple les fonds propres, les obligations, on n'arrivera à rien. C'est pour cela que je remercie la Banque mondiale qui a déployé un nouveau modèle en reconnaissant que les outils passés ne fonctionnaient plus. Je pense que c'est exactement ce que vous ce qu'Anna disait à l'instant. Ce fait que cet ensemble de financement, et c'est ce que je disais au début, il y a une crise de la peur, il y a une crise de la dignité et le Maroc est un pays optimiste et nous plaçons la dignité et l'être humain au centre de nos stratégies, par exemple, notre stratégie nationale du développement durable ou le climat fait la part belle, c'est une stratégie assez ascendante qui n'a pas été élaborée entre les ministères, mais qui a émané de la population. La population nous a dit « D'accord, si nous voulons utiliser les financements internationaux, de quoi avez-vous véritablement besoin pour lutter contre le [inintelligible] ? Parce que le tourisme souffre, la pêche souffre. » Ainsi, aujourd'hui, nous devons comprendre que les outils passés ne fonctionnent plus et nous devons faire deux choses en même temps. Je suis désolée de le dire directement, dans ce collège d'intervenants qui avait un thème un peu différent de ce que mes propos laissent penser, mais les crises sont des chances. Nous devons non seulement rebâtir nos économies, mais en mieux, comme on l'a dit, tourner la page du monde passé. Qu'est-ce que cela veut dire ? Il faut vivre dignement et nous savons, par l'expérience marocaine, qu'il faut avoir un regard vers l'avenir plutôt que dire aux enfants : « Oui, vous devez suspendre votre vie pendant 10 ans. » Je ne sais même pas si on leur dit cela. Je crois que les enfants ne savent même pas que leur vie est en suspens pendant dix ans. On doit dire aux enfants : « Votre vie va être meilleure qu'avant cette crise. » Parce que, désolé de le dire, nous allons faire un bond en avant technologique. L'électrification, par exemple. Vous avez accès non seulement à des kits de batterie, mais aussi à des outils numériques. Donc, les enfants vont pouvoir avoir accès à une éducation à l'école, mais aussi avec tous les outils numériques. Et puis, nous nous projetons vers l'avenir. Il faut nous assurer que les infrastructures que nous rebâtissons soient de meilleure qualité que l'infrastructure passée. Notre ministre des Finances hier a dit dans le premier panel de cette semaine que de nombreux pays du Sud ne peuvent pas faire défaut sur leurs dettes, mais ils ont fait défaut vis-à-vis de l'avenir de leurs enfants et des infrastructures modernes qui comprennent la numérisation, l'électricité et tant d'autres éléments.

[Sandrine Rastello] Il faut avancer. J'ai d'autres questions. Quel est le rôle du secteur privé ? Est-ce un partenaire précieux ? Est-il assez présent ?

[Leila Benali] Est-ce que je vous laisse la parole, monsieur, peut-être ?

[Sandrine Rastello] Oui, sur le secteur privé, si l'un d'entre vous pouvait répondre.

[Leila Benali] Oui, j'en reviens à ce que je disais avant. Le secteur privé est un partenaire de premier plan et il nous faut nous assurer des transactions plus fluides, des collaborations plus fluides dans nos plans nationaux. Nous voulons passer d'un tiers privé, un tiers de privé à deux tiers de privé, donc deux tiers de privé, un tiers de public. C'est cela que nous visons. Le secteur privé est essentiel. Ce n'est pas parce que nous pensons que les États manquent de financement, mais c'est parce que nous voyons et nous pensons que le secteur privé a un rôle essentiel à jouer. Mais pour le faire, il nous faut dépasser, j'en reviens à ce que je disais auparavant, les vieux outils dépassés, les missions d'obligations et des projets financés par des fonds propres. Je vais vous dire que j'ai beaucoup de choix. Je laisse la parole au ministre des Finances.

[Sosten Gwengwe] Si je peux me permettre, j'aimerais ajouter ceci. Le financement du secteur privé est important. [Pause] Nous nous sommes mobilisés rapidement. Après les dernières crises, nous avons mis en place un plan national et nous avons fourni des subventions pour que le prix des carburants soit plus bas afin d'aider les victimes. Mais ce que nous avons vu, c'est que des banques locales, commerciales ont commencé à profiter de cette décision. [Pause] Les banques nous ont dit, vont jouer un rôle pour alimenter ce fonds Freddy que nous avons mis en place. Et ont joué un rôle positif. Les banques n'ont pas profité, mais ont joué un rôle positif pour alimenter ce fonds Freddy. Voilà un exemple très positif du secteur privé. La collaboration avec le secteur privé est tout à fait possible et utile. [Pause] [Anna Bjerde] Oui, la ministre a soulevé un point important, la crise de la confiance. Quand on va de crise en crise, il y a des retards. Les réponses accusent de certains retards. Nous n'avons pas de réponse et face à cela, la confiance en paie un lourd tribut. Nous avons parlé de l'exemple de l'électrification. Au Malawi, nous avons vu les incidences du cyclone qui ont été amplifiées du fait des dégâts environnementaux. Cela nous rappelle que l'investissement dans l'environnement est important puisque l'environnement est une couche de protection. Mais la nature est également une source de revenus, donc il nous faut protéger la nature, protéger les moyens de subsistance, protéger ainsi les emplois. Quand vous avez parlé des problèmes auxquels font face des enfants, nous avons parlé dans un autre panel avec la Tanzanie, qui parlait des confinements et des écoles qui ont dû fermer. La question des besoins des enfants est essentielle. Il faut répondre à cette question et surtout ne pas oublier les besoins des enfants. La Jordanie nous a dit qu' il nous faut être au front, il nous faut être beaucoup plus rapides dans les réponses. Je réponds un peu à tous les propos que j'ai pu entendre.

[Sandrine Rastello] Cette confiance entre les institutions est très importante, bien sûr. Si les banques travaillent ensemble, c'est encore mieux, n'est-ce pas ? Vous parliez des Caraïbes et des collaborations entre vous et les Caraïbes. Comment est-ce que cette collaboration a fonctionné ?

[Jordan Schwartz] Oui, nous avons signé un protocole d'entente avec le président de la Banque mondiale et le président de la Banque interaméricaine de développement, un protocole d'entente qui était un peu différent, qui est bien plus pragmatique et très spécifique. Il y a eu plusieurs volets, notamment le volet de la résilience dans les Caraïbes, une des régions du monde particulièrement vulnérables face à toutes ces crises dont on a parlé. Les cyclones qui laissent maintenant la place à des catastrophes naturelles à répétition. Donc, ce que nous avons fait, c'est cela. Cet accord entre les institutions, la Banque mondiale et notre institution, est essentiel et nous, nous travaillons par infrarégion. Par exemple, pour les Caraïbes, nous avions une réponse de crise. La Banque interaméricaine de développement, par exemple, fournit des lignes de crédits d'urgence. La Banque mondiale le fait également. Ces composantes ont les mêmes finalités, mais ont des structures différentes. Donc, ce que nous avons fait, c'est d'harmoniser ces instruments pour nous assurer qu'ils soient réactifs, comme le ministre du Malawi nous le rappelle. C'est notre mission, celle d'être réactifs. Des pays qui souffrent de manque de capacité font face à plusieurs banques grâce à cela. C'est très difficile si chaque banque fournit ses propres aides avec des structures différentes. Il est donc très difficile de mettre en œuvre ces instruments si chaque instrument est différent. Voilà le premier volet. Le deuxième me ramène à ce que le ministre disait, à savoir que nous devons pouvoir intégrer un délai supplémentaire dans le remboursement de la dette après une catastrophe et voir comment nous pouvons harmoniser notre façon d'agir. Je pense que c'est un aspect important. Et je crois que la tâche qui nous attend est difficile, mais il est important d'aller de l'avant, à savoir arriver à une définition commune de la vulnérabilité pour que les pays bénéficiaires puissent demander un financement concessionnel de l'ensemble de la famille des partenaires de financement multilatéral, notamment les pays des Caraïbes, qui sont des pays à revenus intermédiaires, qui sont définis comme tels, car nous examinons le revenu moyen sans examiner la vulnérabilité définie d'une autre manière, par exemple face aux catastrophes naturelles. Cette évolution de la Banque mondiale et de la Banque interaméricaine de développement concernant leur stratégie institutionnelle doit également s'attacher aux biens publics mondiaux et doit définir cette vulnérabilité de manière spécifique et leur permettre d'avoir accès à un financement concessionnel quand ils en ont besoin, sur la base d'une définition actualisée de la vulnérabilité. Et enfin, nous devons investir dans la résilience. Et pour investir dans la résilience, nous devrons vraisemblablement parvenir à une vision commune des priorités d'investissement entre les partenaires multilatéraux et les gouvernements pour bâtir cette résilience face aux catastrophes naturelles qui sont de plus en plus fréquentes.

[Sandrine Rastello] Merci. Avant de redonner la parole à Anna pour entendre ses réponses, j'aurais aimé interroger Catherine et Gwen sur un point, une évaluation. Comment voyez-vous l'action de la banque et dans l'optique d'une évaluation à 360 degrés, comment la banque pourrait rendre votre action plus efficace ?

[Catherine Russell] Je suis frappée par ce que le ministre nous a dit concernant les choix que les pays doivent faire. Est-ce qu'ils investissent dans l'éducation, dans la santé ou est-ce qu'ils s'attachent aux services de la dette ? C'est un choix terrible pour les gouvernements et on ne le rappellera jamais assez, c'est injuste. Je comprends bien qu'il y a énormément de créanciers différents et que c'est difficile de résoudre le problème de la dette. Mais je crois que la communauté internationale doit appréhender cette problématique, car il est impossible d'entrevoir une issue pour ces gouvernements. Or, nous devons faire en sorte que les gouvernements soient forts, qu'ils développent des capacités. S'ils ne sont pas à même de répondre aux besoins de leur société, ça sera in fine un problème pour tout le monde. Donc, nous devons les aider à y arriver. La banque et nous-mêmes travaillons de concert au Yémen, au Soudan du Sud, en Afghanistan, dans des contextes très difficiles, fragiles, qui sont constamment au bord de la rupture et nous nous efforçons de travailler ensemble et de mener des actions importantes. Mais je crois qu'in fine, dans ces contextes fragiles, nous pouvons malgré tout faire en sorte que ces pays soient en meilleure posture. Et la banque joue un rôle incontournable. Je crois qu'elle fait remarquablement bien son travail, mais simplement, la tâche est colossale. Et nous avons des millions d'enfants qui ont besoin de notre aide, des enfants qui meurent de faim et sur le plan moral, c'est tout à fait inacceptable. Nous avons suffisamment de ressources dans le monde pour faire en sorte que cela n'arrive pas, mais simplement, nous devons les acheminer au bon endroit. Donc, nous devons aider les pays à mieux travailler.

[Sandrine Rastello] Gwen, de votre point de vue, quelle action faut-il envisager ?

[Gwen Hines] J'ai beaucoup apprécié ce que Madame la Ministre du Maroc nous a dit, à savoir une vision positive du futur. Il y a eu énormément de perspectives à saisir malgré les crises. Lorsque je dis que nous ne devons pas considérer ces crises comme une surprise à chaque fois, l'idée, c'est de les intégrer et de bâtir un avenir meilleur. Concernant la Banque mondiale, nous devons mettre l'accent sur un certain type de financement, par exemple, l'exemple de la Somalie qui est confrontée aux défis climatiques liés au conflit, entre autres. Il faut mettre en place des ressources pour bâtir la résilience, pour créer un filet de sécurité comme le ministre du Malawi l'a dit. Nous devons mettre en place un financement d'urgence défini à l'avance. Nous devons également mettre l'accent sur la prévention. Cela existe dans une certaine mesure à différents endroits dans le système international, mais le problème, c'est que toute cette aide n'est pas cohérente et unifiée. Save the Children a travaillé sur ce point et nous recevons des fonds, de bailleurs du fonds, d'instances multilatérales, mais essentiellement, nous recevons des fonds du grand public et nous en sommes très fiers. Nous avons un fonds d'urgence pour les enfants les plus pauvres et nous avons pu ainsi intervenir à Gaza, en Syrie, en Turquie et nous allons encore plus loin. Nous souhaitons agir sur la base de prévisions avec le phénomène El Niño, par exemple. Nous essayons de travailler sur la base de prévisions météorologiques de ce que cela impliquera en termes de récoltes, d'inondations et donc investir des fonds dans les communautés dès maintenant pour prendre les devants et pour agir en amont. Même pas au moment de la crise, mais en amont.

[Sandrine Rastello] Nous revenons à Anna et pour boucler la boucle, j'aimerais vous interroger sur ce nouveau modèle stratégique et vous demander comment il va s'illustrer sur le terrain. [Anna Bjerde] Merci pour cette discussion absolument passionnante. Cela me rappelle la visite que j'ai effectuée au Malawi où nous avons parlé du budget et nous avons évoqué le fait que le service de la dette et la riposte aux catastrophes étaient deux postes budgétaires principaux. Le service de la dette et la riposte aux catastrophes sollicitent énormément de ressources et une fois que l'on a assumé ses coûts, il ne reste pas grand-chose. Or, comme le ministre l'a dit, nous devons pouvoir partir de l'idée qu'il y a certaines ressources allouées à différents projets et s'il y a certains projets qui sont moins prioritaires, il faut pouvoir réaffecter les ressources ou prévoir des réserves pour imprévus en pouvant dire « j'ai un certain nombre de ressources à ma disposition. Je peux investir dans le capital humain, dans l'infrastructure, mais également des ressources pour imprévus que nous devons pouvoir allouer et le faire rapidement. » Je crois donc que ce nouveau modèle stratégique, comme Gwen l'a dit, doit nous amener à ne pas considérer ces crises comme des surprises, mais à planifier, à nous y préparer. Nous devons traiter ces événements non pas comme des chocs ou des crises, mais comme faisant partie intégrante de notre planification. Voilà donc une des évolutions majeures. Autre tendance lourde, pour rebondir sur ce que Jordan a dit au sujet des partenariats, c'est la nécessité de travailler en partenariat. Comment pouvons-nous nouer ces partenariats ? Ces partenariats in fine, sont notre motivation. Nous sommes là au service de nos clients et nous devons mettre en place des partenariats efficaces. Je crois qu'il est primordial, si nous souhaitons monter en puissance et passer à la vitesse supérieure, d'agir de concert, d'agir avec des normes harmonisées, des procédures harmonisées, car cela prend du temps. Mais si nous pouvons travailler ensemble, nous aurons fait un grand pas en avant. C'est donc un moment décisif pour nous qui travaillons au sein des banques de développement. Nous devons envisager les choses différemment, de manière ouverte, de manière innovante, en invitant différents partenaires plutôt qu'en imposant nos règles a priori. Donc, c'est un revirement total qui est requis.

[Sandrine Rastello] Est-ce que ce nouveau modèle stratégique nous [pause] aidera à aider les pays africains qui ont subi des chocs économiques et des crises comme la COVID-19 ? [Anna Bjerde] Oui, et ce à plusieurs titres. Je crois que nous interviendrons plus rapidement. D'autre part, nous avons un nouveau programme pour les défis mondiaux qui porte sur la sécurité alimentaire et la nutrition ainsi que l'état de préparation sanitaire face aux pandémies. Et nous avons mis l'accent sur le développement humain et sur l'éducation. Nous allons également mobiliser des ressources pour l’Association internationale de développement, qui est essentielle pour les pays africains, avec un financement qui fait défaut. Nous avons une structure de riposte face aux crises. Nous avons un besoin de reconstituer nos ressources tout en mobilisant des partenariats et le secteur privé, avec différentes parties prenantes, notamment des fondations qui souhaitent collaborer avec nous.

[Sandrine Rastello] Nous n'allons jamais perdre de vue les besoins africains. Ici, je suis face à une difficulté car il nous reste quelques minutes à peine, mais nous avons abordé différents thèmes lors de cet échange. Est-ce que vous auriez un dernier message à nous livrer ? Jordan, tout d'abord ?

[Jordan Schwartz] Oui. Un message que l'on pourrait retirer de cet échange, je dirais que nous devons pouvoir transformer notre capacité technique et notre empathie en capacité de riposte rapide, sans abandonner notre vision de développement durable au long cours. Je crois que cela est intégré dans cette question que vous nous avez posée tout à l'heure, à savoir le rôle du secteur privé et du secteur public. Nous devons intégrer le secteur privé, pas uniquement pour des investissements ciblés, mais pour mettre en place des régimes d'investissement adaptés. Voilà donc ce que je retirerai pour ma part.

[Gwen Hines] Je crois que nous devons prendre plus au sérieux les partenariats, que ce soit sur le plan humanitaire, climatique, ou autres, nous devons avoir à l'esprit cette question des partenariats au sein même des familles, des communautés, car c'est à eux que nous devons nous adresser avant tout.

[Sandrine Rastello] Catherine, merci.

[Catherine Russell] J'aimerais dire deux choses. Je crois que nous devons mettre l'accent sur le renforcement des capacités des gouvernements pour les aider à agir plus efficacement. D'autre part, Madame la Ministre, j'ai rencontré des jeunes dans votre pays il y a quelques jours et quand je rencontre des jeunes, je suis toujours enthousiaste. Ils m'ont parlé de leurs actions sur le climat, sur le mariage des enfants et cela m'a rappelé que l'avenir appartenait véritablement à ces jeunes et nous devons les associer à notre action, faire en sorte qu'ils aient voix au chapitre et qu'ils puissent contribuer à la recherche de solutions.

[Sosten Gwengwe] Pour ma part, j'insisterai sur la souplesse de ce nouveau modèle stratégique, car au Malawi, avec la banque, nous avons mis en place un programme d'action sociale pour le Malawi, mais depuis l'année dernière, nous avons tenté d'intégrer également des initiatives de travaux publics axées sur le climat. Nous souhaitons donc mettre en place des initiatives pour, par exemple, les des bassins versants, des fleuves, etc. Maintenant, nous mettons l'accent dans les travaux publics sur le climat et nous avons alloué des ressources à cette fin. Nous devons réexaminer notre stratégie et voir comment nous pouvons nous adapter et ainsi mieux desservir les populations qui en ont besoin.

[Sandrine Rastello] Madame la Ministre ?

[Leila Benali] Oui, j'aimerais revenir sur deux points. D'abord, l'idée des partenariats qui me paraît essentielle. Et tant que nous, représentants des gouvernements, partenaires du service public et banques multilatérales de développement et institutions caritatives, ne sommes pas persuadés de l'importance de préserver l'avenir de l'humanité, notre travail sera inefficace. Nous avons donc une tâche prométhéenne qui nous attend. Lorsque l'on parle du service de la dette, nous devons donner plus de temps aux pays pour qu'ils puissent assurer le service de leurs dettes, 40 ans, 50 ans peut-être, car nous pensons bien que ces pays seront encore là dans 40 ans ou dans 50 ans et moi qui préside l'Assemblée des Nations unies pour l'environnement, je sais bien que plus de 25% des membres des Nations unies risquent de disparaître d'ici à la fin du siècle en raison du changement climatique. Et donc, le fait de redonner espoir à nos enfants, à nos partenaires, au secteur privé est primordial, car nous partageons tous la même planète. Le secteur privé n'est pas une entité obscure qui ne fait pas partie de la réalité. Nous devons donc avoir cette visibilité multigénérationnelle sur différentes considérations, y compris la dette et les finances publiques, et c'est ainsi que nous pourrons garantir le financement face aux catastrophes.

[Anna Bjerde] Nous savons ce que nous devons faire. Passons à l'action, c'est tout.

[Sandrine Rastello] Passons à l'action et ayons foi en l'avenir de l'humanité. Voilà qui conclut cet événement. J'espère que cela a été instructif. Vous pouvez revoir la rediffusion de cette session et d'autres sessions sur WorldBank.org/annualmeetings, continuez de nous suivre avec le mot-dièse #WMeetings. Merci de nous avoir écoutés. Passez une excellente journée.

00:00 Introduction
2:11 Le nouveau modèle stratégique de la Banque mondiale
06:19 Répondre aux besoins des pays clients : le cas du Maroc
11:50 Malawi : se préparer à la prochaine crise
16:27 Comment l'UNICEF s'adapte au contexte de multiples crises
19:32 Save the Children : perspectives d'une ONG
22:28 Risques sociopolitiques : visions de la Banque interaméricaine de développement
25:55 Le rôle des partenariats pour les gouvernements : le cas du Malawi
30:16 Comment le Maroc et le Malawi font face à la crise climatique
39:51 Collaboration de la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement
44:37 Quel serait l'impact d'une Banque mondiale plus efficace ?
49:32 Nouveau modèle stratégique de la Banque mondiale : exemples
54:03 Conclusion

Ressources utiles

Intervenants