Partagez votre point de vue : Quels sont les obstacles aux emplois de qualité dans le monde arabe ?

 


« L’entrepreneuriat des plus jeunes est essentiel
pour une création d’emploi plus dynamique »

 

Vidéo et transcription de la discussion en ligne :

"Quels sont les obstacles aux emplois de qualité dans la région MENA ?"

avec Roberta Gatti,
le 26 septembre 2012.


Roberta Gatti : La question de l'emploi est centrale dans l'économie et la vie du monde arabe. C'est aussi une question complexe qui porte sur la dynamique du secteur privé, la pertinence de l'enseignement et le rôle du gouvernement.

Ici, à la Banque mondiale, nous avons beaucoup travaillé sur ces questions et nous avons voulu vous entendre aujourd'hui.

Quels sont les obstacles à la création d'emplois de qualité dans le monde arabe ? Que peut-on faire pour déclencher des réformes efficaces?

 

Khaled Saidani sur Facebook : Le vrai problème dans le monde arabe et en Afrique du Nord, c’est que les employeurs ne veulent pas investir pour mieux former leur personnel qualifié. De plus, ils ne payent pas assez le cadre qui possède un potentiel intellectuel.

Roberta Gatti : Oui, il n’y a pas d’incitations pour les employeurs à former leur personnel. Certes, les programmes actifs d’emploi tels que le SIVP en Tunisie ou Idmaj au Maroc requièrent que les employeurs forment les bénéficiaires desdits programmes. Toutefois, cette condition n’est pas toujours appliquée.

 

Kadra Mohamed Ali : Dans mon pays, il faut avoir un important capital pour ouvrir une entreprise, les banques ne font pas confiance aux jeunes. 

Roberta Gatti: En effet, l’entrepreneuriat, surtout parmi les jeunes, est essentiel pour une création d’emploi plus dynamique. Le manque d’accès au crédit est sans doute l’une des obstacles les plus contraignants.

 

Discussion en ligne sur l'emploi dans le monde arabe avec Roberta Gatti © Banque mondiale

Visiteur : Dans le monde arabe, on a recours aux modèles classiques. Par exemple en Tunisie, les PME sont les intervenants principaux dans l’économie, ce qui nous manque c’est l’innovation et bien sûr, le financement.

Roberta Gatti : Les données suggèrent qu'une augmentation de l'accès au financement - y compris la micro finance - peut favoriser dans le court terme la croissance de nouvelles entreprises et en particulier la croissance des investissements dans les entreprises assoiffées de crédit. Cependant, il faut une claire volonté politique d’ouvrir ces opportunités à toutes les entreprises sans distinction.

 

Hiba Bhk : L'éducation dans ces pays est à revoir. On retrouve un grand nombre de diplômés (en études supérieures ou diplômes de formation continue) sans emploi. Leurs diplômes ne sont pas demandés dans leurs pays où il n'y a pas assez de postes pour tous les embaucher.

Kadra Mohamed Ali : Le système éducatif prépare les diplômés de façon à devenir des salariés et non des entrepreneurs.

Roberta Gatti: effectivement, les données montrent que beaucoup d’entreprises ne trouvent pas la formation reçue par les jeunes diplômés appropriée à leurs besoins. Historiquement le secteur éducatif dans la région MENA s’est concentré sur la formation de cadres pour la fonction publique, et n’a pas été incité à répondre aux besoins du secteur privé.

 

Karim : Je suis expert en recrutement mais aussi ancien chômeur en Tunisie. La réelle problématique est le grand décalage entre le contenu des diplômes et la demande du marché de l'emploi. En Tunisie, l'enseignement (privé ou public) est d'une très basse qualité ; la seule différence réside dans la qualité des structures d'accueil. Encore une fois, les plans de cours doivent être revus afin qu’ils s’adaptent aux demandes du marché.

Othman : Comment faire pour briser un tabou sur la gratuité de l’enseignement supérieure en Tunisie sachant qu’en ce moment les frais scolaires sont de 45 Dinar Tunisien /an? Et selon vous, ce principe de gratuité est-t-il la raison principale d’un taux de chômage élevé en Tunisie ?

Roberta Gatti : Changer le secteur éducatif est possible mais cela prend beaucoup de temps et demande une forte motivation de la part de l'État et de toutes les parties prenantes. Il faut un nouveau cadre plus efficace de partenariat public-privé en matière d’éducation. Par exemple, la collecte systématique des données peut aider dans l'amélioration de la qualité, et orienter les étudiants et les familles dans leurs choix éducatifs. La réorientation des systèmes d'éducation et de formation, en les incitant à devenir plus inclusifs, plus axés sur l'apprentissage et moins orientés vers la récompense exclusive des performances académiques au détriment du reste, peut vraiment aider à l'insertion dans le monde du travail.

 

Visiteur : Je veux évoquer un autre problème, celui concernant les projets des jeunes : on a besoin de directives et de soutien. Même si le projet est bien fondé,  il nous faut un organisme ou bien des experts qui accompagnent ces projets pour minimiser le risque d’échec.

Roberta Gatti : Vous avez raison. Ce soutien, s’il est bien conçu, peut aider les jeunes à innover et peut promouvoir l'entreprenariat. Par exemple en Tunisie nous venons de lancer un projet pilote de soutien à l'entreprenariat des diplômés de certaines facultés de commerce, à travers une compétition de projets d'entreprise. Cette expérience nous a beaucoup enseigné sur le potentiel et les contraintes existantes.

 

Mo : Je crois qu’il faut être plus net. C’est ni par des programmes pilotes, ni par des petits programmes d’insertion professionnelle que les pays du Maghreb vont résoudre nos problèmes. On va résoudre nos problèmes par des étapes très difficiles à travers les reformes du marché de travail, d’ouvertures des marchés et de démantèlement des monopoles étatique.

Karim : La problématique à l'échelle macroscopique peut être résolue en établissant des tables rondes entre chômeurs, universités, chefs d'entreprises et cabinets de recrutement. Résoudre l'emploi est un travail d'équipe. Il s'avère que nous assistons à un dialogue de sourds, alors que le chômage est un faux problème ; c'est de l'employabilité qu'il faut traiter, c'est-à-dire la recherche du potentiel à développer pour qu'une personne puisse correspondre aux attentes de l'entreprise.

Roberta Gatti : Par rapport à la question sur le dialogue social, vous touchez le cœur du défi de l’emploi. Le dialogue social est fondamental pour arriver à une vision partagée de ce problème. Nous constatons qu’historiquement ce dialogue a été fait de manière étroite (mais cela est un problème qui affecte plusieurs pays dans d’autres régions). Par exemple, le secteur informel qui emploie la plupart des travailleurs n’est pas représenté. Cela ne permet pas un dialogue efficace ou inclusif. De plus, le manque de données accessibles rend toute vision commune encore plus difficile à atteindre.

 

Discussion en ligne sur l'emploi dans le monde arabe avec Roberta Gatti © Banque mondiale

Othman : Je trouve que vos réponses sont celles d'une politicienne : vague, beaucoup de langue de bois.

Roberta Gatti : Oh non ! Je ne veux absolument pas passer pour une politicienne. Nous venons de finir de rédiger notre rapport, j'imagine que c'est pour cela que je suis trop formelle. Je vais faire des efforts, vos questions sont passionnantes. C'est vraiment super de pouvoir discuter avec vous directement. Et vous savez, je serais encore plus passionnée dans mes réponses si je m'exprimais dans ma langue natale qui est l'italien.

Karim : Possiamo anche parlare in Italiano … Scherzo.

 

Visiteur : Je pense que le système éducatif manque d’efficacité, on a besoin de ''stages utiles'' dans des entreprises et non des stages pour avoir une ''impression'' de l’entreprise. Les ''stages utiles'' seraient une forme d’application des connaissances, notamment tout au long du parcours académique.

Aline : Pourquoi ne pas développer des programmes d'échanges avec des pays d'autres régions pour que les jeunes sachent ce que c'est de travailler dans de bonnes conditions et qu'ils en reviennent avec des idées et des méthodes pour faire évoluer les choses à leur échelle?

Roberta Gatti : C’est une bonne idée. Les phénomènes de migrations sont déjà importants dans la région, et représente une source d'apprentissage pour les immigrés s’ils ont des emplois de qualité. Il reste quand même difficile de coordonner avec les entreprises et parmi les pays et c'est aussi pour cela qu’il y a peu de programmes.

Aline : Mais justement les mouvements migratoires sont-ils aussi productifs qu'ils le devraient ? Beaucoup de jeunes qui sont partis étudier à l'étranger ne trouvent plus leur place quand ils rentrent, on ne les laisse pas implanter leurs entreprises, on leur ferme des portes et on leur complique la tâche sans que ce soit justifié.

 

Fritz-Gérald Louis : Le « Framework » de la Banque mondiale sur l'emploi "MILES" met en évidence l'importance d'un cadre macroéconomique sain et stable et d'un environnement des affaires favorable à la création d'entreprises. Est-ce que dans la majorité des pays arabes, l'environnement des affaires et le cadre macroéconomique sont propices à l'émergence d'initiatives privées éléments moteur de création de croissance et d'emplois?

Roberta Gatti : Alors, je répondrais oui et non au même temps. En général, la grande volatilité des prix du pétrole définissent souvent les taux de croissance dans la région. Mais la question principale est vraiment de connaitre la possibilité pour toutes les entreprises de croitre et créer des emplois. Cela dépend beaucoup d’un environnement d’affaires qui soit juste et égal pour tous.

 

Karim : Pour la Tunisie, j'avais pensé à un programme pour les chômeurs : un pôle emploi marketing (ateliers pour rédiger un CV , décrocher une entretien..) , un pôle emploi formation (formations complémentaires pour étoffer les CV ) , un pôle emploi entreprise (aider les chômeurs à monter leur projet). Nous nous heurtons à une problématique politique (le gouvernement ne semble pas réaliser l'importance de telles actions curatives en attendant le préventif au niveau de l'enseignement qui prendra du temps) , problème de la disposition des bailleurs de fonds car il faut bien financer ces actions en faveur de l'emploi et enfin un problème d'encadrement. Je signale au passage que je suis ancien DG dans l'industrie, ex- secrétaire général d'université et actuellement sur un projet de conseil en recrutement sur l'ensemble du Maghreb et du Moyen-Orient.

Roberta Gatti : Ce sont de bonnes suggestions. En effet, la Tunisie a beaucoup des programmes d’emploi et des programmes d’intermédiation mais le défi du chômage est structurel. Seule une croissance liée au secteur privé peut aborder la question du chômage.

 

Discussion en ligne sur l'emploi dans le monde arabe avec Roberta Gatti © Banque mondiale

Visiteur : Des propositions de votre part ?? On a entendu beaucoup de critiques, d'analyses et de commentaires, maintenant c'est le temps de passer à l’action… Comment vous comptez nous aider à promouvoir l’emploi ?

Roberta Gatti : Beaucoup de choses sont en train d’être réalisés pour passer de l'analyse à l'action. Mais il n’est pas prévu de  « créer des emplois » en un seul projet, l’idée est de travailler plutôt sur tous les aspects qui contribuent à ce résultat. Sur les sites web de la Banque, vous trouvez la liste des projets de réformes des règles du secteur privé, de l’éducation supérieure, de développement d’infrastructures nécessaires pour une réforme structurelle.

 

Mo : Dans le monde arabe, l’emploi est la grande question. Et on sait qu’il y a des contraintes au niveau du système éducatif, au niveau du marché du travail et dans les politiques qui empêchent l’entreprenariat. Est-ce que la Banque mondiale peut nous donner des exemples des pays qui ont vécu des situations pareilles et comment ils ont répondu à ces problématiques?

Roberta Gatti : C’est une bonne question... Un exemple pourrait être le parcours de la Turquie. Ce pays a beaucoup évolué dans sa structure économique, grâce à son habilité à entamer plusieurs reformes (éducation, marché du travail, sécurité sociale, accès au crédit) qui ont permis un plus grand accès aux opportunités d’entreprenariat et une dynamisation de l’économie et du marché du travail. Une partie du rapport sera consacré à cela (publication en janvier 2012).  

Mo : D’accord, donc la Turquie peut nous donner l’exemple. Mais il ne faut pas oublier qu’elle a vécu des moments très difficiles, avec une crise et dévaluation du lira suivi par un programme du FMI, avant de devenir un modèle. Est-ce qu’on doit s’attendre à cela au Maghreb ?

Roberta Gatti : Oui, vous avez raison. Le parcours économique de la Turquie n’a pas été linaire… Mais par exemple, les reformes du marché du travail ont permis à la Turquie de rebondir rapidement après la crise du 2008.

 

Aline : Je suis très heureuse de pouvoir discuter avec vous, mais dites-nous, comment allez-vous utiliser les idées mentionnées dans ce chat ?

Roberta Gatti : Ces idées sont le produit d’une analyse rigoureuse que la Banque fait depuis longtemps mais aussi d’un dialogue continu avec les parties prenantes. Pour nous, ce sera une base pour concevoir et mettre en œuvre des projets qui peuvent avoir un impact positif dans les pays de la région mais aussi pour promouvoir une espace de dialogue dans la région.

 

Guest : Une des solutions est une politique structurelle basée sur l’équité et une bonne gouvernance, mais aussi un changement de mentalités. Et seulement après, les jeunes pourront avoir un avenir assuré.

Roberta Gatti : Une politique structurelle, une bonne gouvernance, un changement de mentalités : des ingrédients fondamentaux pour une recette de succès !

 

Discussion en ligne sur l'emploi dans le monde arabe avec Roberta Gatti © Banque mondiale

Guest : Vous parliez de la gouvernance… Avant, les opportunités étaient accessibles seulement aux privilégiés. C’est fondamental de créer des opportunités de manière plus juste et égale. Pour que ça arrive, il faut des politiques publiques et une application des règles de manière uniforme vers tous, et c’est cela qui  manque.

Karim : La croissance dans le secteur privé est liée au climat social et politique ; nous constatons que suite aux évènements qui ont secoué la Tunisie, les touristes ont fui, certains investisseurs sont partis, d'autres annulent leurs projets d'investissement et ceux qui sont restés ont bloqué les embauches à cause des conflits sociaux. Nous ne pouvons pas dissocier la montée du chômage de la montée de l'insécurité en Tunisie ; mais je le redis, c'est le serpent qui se mord la queue : le chômage engendre la délinquance, qui elle-même engendre la fuite des capitaux etc. Et n'oublions pas que nous subissons une fuite de nos cerveaux vers l'étranger où ils sont mieux payés et plus en sécurité.

La révolution du 14 janvier 2011 a entrainé, en plus de sa mise en place de processus démocratique, une réflexion de fond sur la manière de relancer l’économie et par voie de conséquence, l’emploi dans le monde arabe. Le souci actuel des acteurs politiques et des forces démocratiques est de faire de l’emploi une priorité nationale et absolue, d'œuvrer en faveur de l’insertion de populations économiquement marginalisées, de sortir de l’ornière les « oubliés de la dictature » et les « laissés pour compte ». Les préoccupations majeures que nous vivons aujourd’hui sont : le ralentissement de la croissance,  le sous-emploi, la mondialisation, la précarité économique de certaines classes, les risques de marginalisation et de délinquance, la tentation de céder à des dérives extrémistes. Tout ceci requiert des solutions innovantes de la part de tous les acteurs aussi bien politiques que socio-économiques.

Roberta Gatti : Vous décrivez bien la situation actuelle. Il y une question structurelle de l’emploi en Tunisie qui précédait la révolution, et comme tu dis, c’était probablement l’une des causes. Maintenant, cette situation est encore plus grave dans le court terme et les réformes structurelles sont encore plus nécessaires qu’avant. Mais le pays a la possibilité d’entamer des réformes importantes et de choisir un système de libre accès aux opportunités dans le marché privé.

 

Nabil de Tunisie : Autre angle de vue: Meilleur défense du consommateur local ⇒ meilleures industries ⇒ meilleurs emplois.

Roberta Gatti : Bingo! Nous avons parlé de l’importance des règles du climat d’affaires et qu’elles soient appliquées de façon juste vers tous. Cela aidera à promouvoir davantage la concurrence, la liberté d’entrer dans les marchés protégés ainsi que les droits et les choix du consommateur. Et il est évident qu’une plus forte concurrence parmi les entreprises génère davantage d’innovation, de valorisation des compétences et des emplois de qualité.

 

Roberta Gatti: Merci à vous tous pour votre participation, c'était génial. J'ai beaucoup aimé notre conversation. Nous sommes passionnés par cette question de l’emploi, et, à la Banque, nous nous engageons à la maintenir au premier plan de nos préoccupations. Cela relève des gouvernements et des peuples de la région de changer leur avenir.

La conversation continue sur Facebook : http://www.facebook.com/WorldBankMiddleEastNorthAfrica
et sur notre blog: menablog.banquemondiale.org

[Mise à jour] : Voici encore quelques questions qui nous sont parvenues pendant le chat et auxquelles nous avons tenu à répondre « offline » : 

Imane El Maniani, Maroc : Dans ce processus de transition politique, dans quelle mesure vous pouvez aider les jeunes de la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) à surmonter ces obstacles ? Quels programmes la Banque mondiale mettra en œuvre pour atteindre ses objectifs dans la région ?

Roberta Gatti : La Banque mondiale aide le gouvernement à mieux comprendre la problématique du chômage parmi les jeunes dans la région MENA. Par exemple, au Maroc, la Banque a mené une étude qui a mis en évidence un problème d'inactivité parmi les jeunes, en plus du problème de chômage. Au niveau opérationnel, La Banque a mis en place un programme complet pour soutenir les efforts du gouvernement à améliorer l’accès à l’emploi parmi les jeunes qui consiste en (i) un appui budgétaire qui vise à améliorer la compétitivité du secteur privé pour qu’il puisse créer des emplois de qualité, (ii) un appui budgétaire qui vise à soutenir le gouvernement dans ses efforts à améliorer les compétences produites par le système de l’enseignement supérieure et formation professionnelle pour que les jeunes qui arrivent au marché du travail possèdent des qualifications utiles aux entreprises, tout en facilitant la mobilité de main d’œuvre à travers l’amélioration des services d’intermédiation et des programmes d’emploi ; (iii) un appui budgétaire pour soutenir l’éducation fondamental en appui du plan d’urgence du secteur ; et (iv) un programme d’assistance technique pour renforcer la capacité du Ministère de l’Emploi et les agences sous sa tutelle à mieux concevoir, mettre en œuvre, suivre et évaluer les programmes d’emploi visant les jeunes demandeurs d’emploi.

El Amri, Maroc : Il faut encourager l'auto emploi !

Roberta Gatti : L’auto-emploi peut effectivement être une source importante de création d’emplois. D’ailleurs, à travers notre programme d’assistance technique destiné au Ministère de l’emploi et les agences sous sa tutelle, nous prévoyons un soutien spécifique pour améliorer le programme Moukawalati qui n’a pas donné les résultats escomptés. De plus, à travers notre appui à l’initiative INDH (Initiative nationale de développement humain), nous appuyons des activités génératrices de revenu. Enfin, la Banque mondiale soutient également la stratégie du gouvernent de promotion de la très petite entreprise.

Hicham, Maroc : Vu le volume de la fraude révélée par le printemps arabe, quels sont les nouveaux mécanismes instaurés par la Banque mondiale pour éviter que les crédits octroyés aux gouvernements ne soient pas détournés de son but et ses objectifs ?

Roberta Gatti : La bonne gouvernance est un axe transversal de notre stratégie de partenariat avec le Maroc. Chacun de nos projets contient des mesures qui visent à améliorer la gouvernance dans des secteurs particuliers. Un projet d’appui à la responsabilisation et la transparence à travers des reformes dans la passation de marchés et la loi sur l’information est en cours de préparation. La Banque mondiale vient d’approuver récemment un projet d’investissement pour renfoncer le secteur de la justice.

Ghita Idrissi, Maroc : Comment à votre avis peut-on changer la mentalité de tout un système économique et politique pour pouvoir remédier à la question du chômage dans un pays comme le Maroc ou les compétences n'ont pas de valeurs si elles n’ont pas d’appui ?!

Roberta Gatti : Il faudrait documenter la réalité sur les inégalités à l’accès à l’emploi pour une prise de conscience généralisée. Il y a, d’un côté, des emplois de qualité dont bénéficie une minorité et d’un autre côté, des emplois (vaste majorité) de mauvaise qualité ou précaires. Il faudrait aider le gouvernement à réaliser des analyses et des études afin d’enrichir le dialogue social et aboutir à des reformes plus équitables.

Salma Krita, Maroc : Je suis une jeune diplômée, en chômage depuis une année, j'aimerais en savoir plus sur votre programme de lutte contre le chômage?

Roberta Gatti : La Banque mondiale appuie le gouvernement afin de rendre les programmes d’emploi le plus efficace possible et pour que les compétences produites par le système d’enseignent supérieur aboutissent à des emplois de qualité. Le secteur privé au Maroc est peu dynamique et crée peu d’emplois de qualité. La Banque appuie donc son développement avec plusieurs mécanismes, y compris une assistance technique pour améliorer le climat d'investissement et des programmes actifs d'emploi pour encourager des entreprises existantes à embaucher plus